Doog Mc Hell

photo : Doog Mc Hell

dimanche 29 novembre 2009

Un dimanche

Aujourd'hui, un dimanche famille, comme parfois, les dimanches...
Mais je me souviens aussi des dimanches-camion, avec Papa. J'ai retrouvé ce petit texte, tiré d'un vieux carnet, inachevé, toujours, qui tentait de trouver une définition à un verbe inventé, le verbe "plumeloquer". J'avais intitulé ça "monologue d'une fille à plumes".Ca, c'est le passage sur le dimanche...

"Papa, il était chauffeur-laitier, dans un gros camion en forme de bonbonne atomique, habillé avec une vraie côte bleu roi
Je sais pas pourquoi on dit "bleu roi". On dit pas "bleu-ouvrier". Sans doute parce que l'usine est un royaume où chaque porteur de côte est entendu, choyé, compris et servi comme le sont les rois…
J'adorais les porter ces côtes, quand elles étaient usées, on avait le droit de les mettre en guise de vêtement de travail ou de princesse, c'était selon.
C'est dans son camion, dans ses tournées tantôt nocturnes, tantôt diurnes que P'pa il a plumeloqué. Sur sa vie d'avant, toute vouée à la terre, aux chevaux magnifiques guidés par le son de sa voix d'enfant, d'adolescent puis d'adulte ; sur mémère, sa maman-broderie anglaise et sur nous, sans doute, et nos minois en bandelettes découpées dans son portefeuille.
Parfois même, il nous emmenait dans ses plumelocations silencieuses. Les dimanches de fête qu'on attendait huit jours à l'avance, les jours où P'pa nous embarquait comme des clandestins dans ses tournées lactées.
Fallait se lever tôt. Tellement tôt que même Maman était encore dans sa chemise de nuit fleurie, toute ensommeillée ; soucieuse qu'on ne parte pas le ventre vide. Des matins qui rappelaient les départs en vacances et l'odeur des œufs durs.
Comme c'était pas vraiment permis-permis, Papa allait tout seul à la Fromagerie pour chercher le camion. Alors là, on se retrouvait avec Maman dans la nuit noire à attendre sur le perron, attendre le gros bruit du moteur dans le lotissement.
Une petite poussée sur les fesses et on était là-haut, sur le fauteuil en cuir, déjà chauffé par le corps massif. Je dis "on", parce que pas un de nous, pas un des six marmots n'a été oublié ou privé de ces moments fabuleux de complicité, les seuls, avec les moments de jardinage où nous pouvions partager le silence et les raclements de gorge de papa. Juste ça.
Mais jamais la guerre d'Algérie, ni les souffrances de la vie, ni la peur de pas tenir le mois avec le salaire. Tout ça c'était pas pour nous..."

Des dimanches en cristal.

5 commentaires:

  1. c'est chouette.
    Belle enfance; et chapeau de t'en souvenir si bien.
    Embuage d'yeux garanti.

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  2. "chemise de nuit fleurie"?
    Ma mère nous faisait des chemises de nuit dans les restes de ses chemises de nuit fleuries et dans les restes de nos chemises de nuit fleuries de ses chemises de nuit fleuries elle faisait des chemises de nuit fleuries pour nos poupées. Et même, ça me revient, je crois bien que ce tissu-là c'était du pilou.
    Et quend elle revenait du marché triomphante: "j'ai eu un coupon de pilou pour pas cher", je me disais "merde va 'cor y avoir des fleurs partout!!!!"

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  3. et je crois que je sais pourquoi moi je peins des fleurs...

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  4. Trop touchée Cécile par tout ce que tu écris ...

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  5. J'adore ce texte , tout le texte d'ailleurs, c'est un tel plaisir de le lire encore... Jamais je ne m'en lasserais, nous avons eu une enfance si merveilleuse ou l'amour était le fil conducteur de notre éducation (pourtant basée sur l'effort, le respect et le partage). Merci pour ces moments de bonheur ma grande petite soeur...mais moi, un jour je voudrais le voir publié ou dit sur scène ce texte, il est tellement touchant qu'il serait bon de le partager..
    N'est-ce pas amis bloggers?
    Je t'aime trop ma Cess

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