incredible Sagrada Familia !...
mardi 22 février 2011
mercredi 16 février 2011
sur la rambla foulée par Denise...
L’angle noir de la joie
Une archéologie de l’intime par Denise Desautels
"J’écris comme on fait des fouilles, en archéologue de l’intime, tâtonnant dans l’ombre touffue d’une mémoire, la mienne, si semblable à tant d’autres, tiraillée entre détresse et utopie. Sous de multiples couches de protection : l’obscurité d’un monde à déminer, à nettoyer, puis à disséquer. Car les secrets, souvent sournois et inavouables, ont besoin de lumière, c’est-à-dire de pensée, de langage, de voix, pour ne pas s’envenimer. Car c’est là, au coeur même de l’intimité, dans le plus noir des brouillards, que se fomentent les pires catastrophes. Car c’est là que ça se démène, ça lutte, ça pleure, ça crie, ça se donne bonne conscience, ça court à sa perte. Car il faut tenter, toujours tenter — aujourd’hui plus qu’hier peut-être — de désencombrer le monde, la mémoire et les mots ; de chercher des éclaircies, en contrepoint à la marche sombre des corps. Car il faut écrire. Car il faut lire et entendre. Jusque-là.
Décaper l’intimité. Soulever une ombre, puis une autre, il y a tant de résistances jusqu’à l’histoire vraie, l’ossature grêle qui protège l’âme."
Texte publié dans la revue À l’index, Épouville (France), no 17.
mardi 15 février 2011
blablabla... vite, une balade avec Luluche !
"Les pathologies associées à cette protéine sont en lien avec le TGF- β. S’il y a une mutation dans le gène codant la protéine Smad 4, la transcription du TGF- β ne se fera pas, donc il y aura une croissance cellulaire sans inhibition. Cette croissance entraînera l’apparition de tumeur et de certains cancers à plus long terme. Par exemple, étant donné que la protéine Smad 4 est présente dans les cellules du pancréas et du colon, il y aura donc possibilité de développer un cancer colorectal ou un carcinome pancréatique." ...
- "Donc, vous me promettez, Cécile, qu'en raccrochant, vous prenez rendez-vous avec un gastro-entérologue pour une coloscopie de surveillance ?"
- euh, mince... y a de la friture sur la ligne... je ne vous entends plus, dr D.... ah ! ces rendez-vous téléphoniques !!!!!!... je saurai jamais pourquoi elle a appelé !... dommage.
- "Donc, vous me promettez, Cécile, qu'en raccrochant, vous prenez rendez-vous avec un gastro-entérologue pour une coloscopie de surveillance ?"
- euh, mince... y a de la friture sur la ligne... je ne vous entends plus, dr D.... ah ! ces rendez-vous téléphoniques !!!!!!... je saurai jamais pourquoi elle a appelé !... dommage.
le rendez-vous de 9h avec SMAD 4...
dans quelques minutes, le fameux rendez-vous téléphonique avec la généticienne... Elle voulait que je me rende à Lyon exprès, parce que ce genre de rendez-vous, pour annoncer la mutation génétique mienne qu'ils viennent de découvrir, ça se passe les yeux dans les yeux... "ça ne s'annonce pas par téléphone, ça dure une heure, normalement, et ce n'est pas simple à entendre"... J'ai fait mon entêtée... pas envie d'aller à Lyon pour une heure de démoralisation... autant la passer, cette heure, dans l'écrin de la maison, Lulu endormie à mes pieds, Fred pas loin du tout, un café fumant sur la table à côté et les variations golberg par Glenn Gould en musique de fond. Bon. Le rituel est posé, alors elle peut y aller... je vais te l'accueillir ce smad4 de mes deux, qui a l'air méchant comme un poux... !
lundi 14 février 2011
hommage
«Si la poésie n'a pas bouleversé notre vie, c'est qu'elle ne nous est rien. Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe ; autrement, nous n'en avons connu que l'imposture.»
Andrée Chedid, "Terre et poésie".
Andrée Chedid, "Terre et poésie".
dimanche 13 février 2011
la leçon...
Christelle, elle est de la perf du vendredi. Et je l'ai rencontrée pour des raisons "d'anniversaire de mari", puisque j'avais changé une perf de mercredi pour une du vendredi afin de souffler avec fred sur ses trente et qq bougies...
Elle arrive après moi dans la chambre, en fauteuil électrique, un sac de midinette sur les genoux et ses mains en crochets. Elle tourne la tête avec difficulté mais grand sourire pour me saluer. Je constate qu'un seul de ses yeux semble voir. Elle taquine l'infirmière, se fait tutoyer par les filles du service... Christelle est une abonnée. On papote, et comme toujours, avec les "usagers du monde blanc", on n'a pas de temps perdu avec le non-essentiel. On parle de la vie, de l'amour, de la nature et du sens des existences... Du haut de son mètre trente, me confie son pronostic d'espérance de vie, par les médecins fixée. "Sept ans". Elle devait vivre jusqu'à sept ans. Viens de fêter ses quarante... moi je me dis "dans un drôle d'état, Christelle..." car Monique vient de tenter de lui enlever son blouson et tout semble douloureux.
Et elle, la perf du jour branchée, elle m'avoue qu'elle revit.
Oui. Elle revit, depuis peu, parce que des choses ont changé sa vie : mal-voyante en canne blanche depuis cinq ans, elle revit car elle revoit, grâce à la cornée greffée sur son oeil gauche, grâce à l'oeil d'un autre : "j'ai découvert la couleur de mon appartement, de la vaisselle que j'ai achetée, ça fait drôle"... "et puis cette grosse opération du coeur, grâce à elle, je respire enfin"... et la cerise sur le gâteau, m'apprend-elle, c'est ce fauteuil roulant, salvateur, qui permet d'aller bien plus loin que les jambes douloureuses...
"Avec tout ça, je me suis dit, c'est une nouvelle vie qui commence, alors, j'ai voulu que quelque chose change dans ma vie, je me suis dit que ça y est, j'allais pouvoir travailler. Je suis devenue secrétaire de mon ambulancier, et je me plais bien"...
Elle rit, respire le présent, se moque des futilités. Moi, j'apprends la leçon : le bonheur, c'est vraiment relatif...
Elle arrive après moi dans la chambre, en fauteuil électrique, un sac de midinette sur les genoux et ses mains en crochets. Elle tourne la tête avec difficulté mais grand sourire pour me saluer. Je constate qu'un seul de ses yeux semble voir. Elle taquine l'infirmière, se fait tutoyer par les filles du service... Christelle est une abonnée. On papote, et comme toujours, avec les "usagers du monde blanc", on n'a pas de temps perdu avec le non-essentiel. On parle de la vie, de l'amour, de la nature et du sens des existences... Du haut de son mètre trente, me confie son pronostic d'espérance de vie, par les médecins fixée. "Sept ans". Elle devait vivre jusqu'à sept ans. Viens de fêter ses quarante... moi je me dis "dans un drôle d'état, Christelle..." car Monique vient de tenter de lui enlever son blouson et tout semble douloureux.
Et elle, la perf du jour branchée, elle m'avoue qu'elle revit.
Oui. Elle revit, depuis peu, parce que des choses ont changé sa vie : mal-voyante en canne blanche depuis cinq ans, elle revit car elle revoit, grâce à la cornée greffée sur son oeil gauche, grâce à l'oeil d'un autre : "j'ai découvert la couleur de mon appartement, de la vaisselle que j'ai achetée, ça fait drôle"... "et puis cette grosse opération du coeur, grâce à elle, je respire enfin"... et la cerise sur le gâteau, m'apprend-elle, c'est ce fauteuil roulant, salvateur, qui permet d'aller bien plus loin que les jambes douloureuses...
"Avec tout ça, je me suis dit, c'est une nouvelle vie qui commence, alors, j'ai voulu que quelque chose change dans ma vie, je me suis dit que ça y est, j'allais pouvoir travailler. Je suis devenue secrétaire de mon ambulancier, et je me plais bien"...
Elle rit, respire le présent, se moque des futilités. Moi, j'apprends la leçon : le bonheur, c'est vraiment relatif...
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