mercredi 16 février 2011
sur la rambla foulée par Denise...
L’angle noir de la joie
Une archéologie de l’intime par Denise Desautels
"J’écris comme on fait des fouilles, en archéologue de l’intime, tâtonnant dans l’ombre touffue d’une mémoire, la mienne, si semblable à tant d’autres, tiraillée entre détresse et utopie. Sous de multiples couches de protection : l’obscurité d’un monde à déminer, à nettoyer, puis à disséquer. Car les secrets, souvent sournois et inavouables, ont besoin de lumière, c’est-à-dire de pensée, de langage, de voix, pour ne pas s’envenimer. Car c’est là, au coeur même de l’intimité, dans le plus noir des brouillards, que se fomentent les pires catastrophes. Car c’est là que ça se démène, ça lutte, ça pleure, ça crie, ça se donne bonne conscience, ça court à sa perte. Car il faut tenter, toujours tenter — aujourd’hui plus qu’hier peut-être — de désencombrer le monde, la mémoire et les mots ; de chercher des éclaircies, en contrepoint à la marche sombre des corps. Car il faut écrire. Car il faut lire et entendre. Jusque-là.
Décaper l’intimité. Soulever une ombre, puis une autre, il y a tant de résistances jusqu’à l’histoire vraie, l’ossature grêle qui protège l’âme."
Texte publié dans la revue À l’index, Épouville (France), no 17.
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