se lever à pas de louve, au petit matin, ne pas réveiller l'ange endormi en draps douillets à côté, aller caresser la chienne encore ensommeillée, essuyer aux coins de ses yeux, ses larmes séchées de la nuit, mettre de l'eau dans la bouilloire, ouvrir la porte de la cuisine, regarder le ciel du jour, écouter la tourterelle du cerisier, s'étirer dans le vent frais du jardin, trouver que les poires ont encore grossi pendant la nuit, réfléchir au livre terminé, au film vu hier, se brûler la langue du thé trop chaud, penser aux proches, aux plus lointains, aux inconnus peut-être aussi, mettre des chaussettes parce que le carrelage est froid, allumer l'ordinateur, ouvrir le cahier de travail, réfléchir et raisonner, créer, explorer, échafauder, gribouiller, penser, sortir de la tête des choses insoupçonnées, se concentrer, aller chercher un gâteau sec pour accompagner le thé mouillé, entendre les voisins se préparer, partir, regarder le soleil opérer son passage au-dessus de la maison de Françoise et Raoul, écrire, relire, refaire, confronter, trouver ou s'énerver, avancer, entendre Fred se lever, le guetter venir m'embrasser, et constater chaque matin, que la nuit, sur sa tête a opéré de nouveaux mouvements de cheveux, prendre le café ensemble, en paroles lentes et douces, insignifiantes d'abord, mais bientôt plus denses, essentielles, et drôles. Eplucher les fruits du jour, trouver que c'est la seule belle agression du matin : le bruit du mixeur, pour la bonne cause. Sentir encore quelques morceaux de kiwis ou de pêches dans le jus, les croquer avec délectation. Préparer le sac de piscine, marcher sans trop s'essouffler dans la petite côte qui mène, marcher jusqu'aux Gayeulles, voir les faons qui grandissent dans le parc, et les bois du petit mâle qui se dessinent, passer le portique d'accueil comme de vieux habitués, mettre le maillot, regarder la cicatrice en passant dans le grand miroir des vestiaires, espérer qu'elle blanchisse un jour, prendre une inspiration, trouver l'eau vivifiante et nager une longueur de plus à chaque fois, stagner derrière les mamies lentes, faire la largeur en apnée jusqu'à Fred et voir ses yeux brillants. Manger, marcher, s'occuper de la maison, jardiner, aller peindre à l'atelier, échafauder des projets, répondre présente aux rendez-vous, prendre les enfants dans les bras, être là pour d'autres que moi...
Et chaque fois, dans cette eau-là de la piscine, dans ce mouvement de bras qui fonctionnent, de poumons qui tiennent bon, de souffle qui lutte, je m'arrête soudain, regarde le monde au ralenti, repense à tout, et exulte et souris et ris de victoire et de bonheur.
J e V i s !
Ma Cécile, ton écriture si juste, si posée. Un bonheur à lire à voix haute.
RépondreSupprimerEt votre amour, votre amour ! Tellement pure !
La vie !!
et de te chercher des yeux dans le grand bain et de réaliser que tu es déjà loin, et de ne pas réussir à te suivre en apnée, et de s'éclabousser entre deux paniers, et de vous regarder vous regarder et être heureux...
RépondreSupprimeret de lire ces mots en revenant du travail... et de se dire que oui, c'est ça, c'est par là la vie!!!
RépondreSupprimerque de bonheur en lisant ces mots ... merci de nous le faire partager ... cela nous donne des ailes pour vivre nos vies ... monia
RépondreSupprimeret de se projeter avec milles choses à faire, de ne meme pas avoir le temps de tout faire tellement il y en a des choses à faire, mais de garder du temps pour ces éclaboussures et de tous ces éclats de vie, pour tous ces sourires et ces mots!
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