Doog Mc Hell

photo : Doog Mc Hell

samedi 9 avril 2011

plume aventure !

Est-ce qu'ils vont s'y croire, mes plumus, mes volatiles faits d'huile et de térébenthine, maintenant ?
Est-ce qu'ils voudront désormais sortir avec des lunettes de soleil et habiter Beverly Hills et rouler dans des voitures avec chauffeurs ?
... ils viennent de séduire, grâce à "Vivement Lundi", un jury de financeurs de film d'animation, convaincus qu'il faut qu'on fasse avec eux un petit film de quelques minutes, parce qu'ils ont peut-être quelque chose à dire !
Cela demandera sans doute deux ans de travail, mais qu'est-ce qu'on va s'amuser !
Moi, je réalise : ces zozios, ces petites choses abstraites qui naissent dans un fond d'atelier... à des gens, qui vont devoir les faire parler, marcher, et qui sait... voler, ils vont donner du tra-vail !
Et ça, ça me rend pas peu fière d'eux !

http://www.vivement-lundi.com/vivement-lundi/Animation.html

dimanche 3 avril 2011

" Nous y sommes " par Fred Vargas

"Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé…
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout
monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution.
Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille – récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.
Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire.
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore."

Fred Vargas, Archéologue et écrivain

(Merci Odile, pour ce coup de plume de Vargas)

vendredi 1 avril 2011

des bisous...

Le yoyo des nouvelles

Faut être en forme quand même, pour être malade !
Voilà qu’on revient à la case lobectomie aujourd’hui, du côté de Paris, après nous avoir dit hier, à Rennes, que c’était la chose qu’il fallait vraiment espérer ne pas envisager…
Mais le Pr Lacombe et son staff de chirurgiens thoraciques de l’hôpital Foch viennent de plancher, de trancher et il semblerait que ce petit bout de poumon, même en se rangeant sagement dans le fond de la classe ne passe pas à côté du jugement dernier. Il est visiblement une épée de Damoclès qui plane et sera toujours une menace hémorragique et « 36 ans, c’est pas 75 ans… on peut pas vous laisser comme ça, dans une vie de peur, en croisant les doigts ! ».
Nos petits esprits se retournent comme des crêpes et tentent d’arborer bonne mine à chaque côté.
Que faire d’autre ?
On est de telles petites choses !
Alors on va y aller. Pour de bon, se séparer de ce qui cloche et revenir forcément différents.
Il paraît que même la voix peut s’en trouver changer…
Pourvu que je n’hérite pas de celle de Philippe Katerine !